Quelle est la bataille la plus meurtrière du 20ème siècle?

Les positions de l’URSS :

Le 17 septembre 1939, l’URSS, se conformant au protocole secret du Pacte germano-soviétique, attaque la Pologne qui la considère alors comme étant dans le même camp que l’Allemagne sans qu’elle soit en état de guerre déclarée avec la France et le Royaume-Uni. Mais en novembre 1939, elle attaque la Finlande qui se trouve du côté de la France et du Royaume-Uni. C’est ainsi qu’à la fin de l’année 1939, elle se retrouve expulsée de la SDN, la Société des Nations. Tout au long de la durée de ce pacte germano-soviétique, l’URSS aura livré au Reich, de façon ponctuelle et à crédit, du pétrole, des matières premières ainsi que des céréales qui offrent la possibilité à celui-ci de contourner partiellement le blocus constitué par les Alliés.

Aussi connu du nom de Pacte Molotov-Ribbentrop, le pacte désigne le Traité de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS qui a été signé le 23 août 1939 et qui comporte secrètement, à part l’accord de non-agression, un protocole de répartition des territoires qui séparent les deux puissances.

Un dicton issu des terres malgaches parle ironiquement d’un homme qui s’est fait mordre par le petit chiot devenu grand qu’il affectionnait tant et il n’est pas faux de le citer en parlant du cas de l’URSS. En effet, ce pacte a été rompu à partir de 22 juin 1941 car elle est envahie et attaquée par l’Allemagne à partir de cette date et se retrouve dans le camp des Alliés. L’URSS bénéficie alors d’un prêt bail de la part des États-Unis qui obtiennent en échange les réserves en or de sa Banque d’État. Les Alliés fournissent aussi à l’URSS une aide importante, qu’ils font notamment transiter par la voie arctique, réputée comme dangereuse, étant donné qu’ils n’ont pas la possibilité d’ouvrir un second front avant 1944.

La bataille de Stalingrad :

Aujourd’hui nommée Volgograd, la ville de Stalingrad, ce qui signifie littéralement la ville de Staline, a suscité un vif intérêt de la part d’Hitler d’un point de vue stratégique. A l’époque, comptant 600 000 habitants, il s’agissait du premier centre industriel soviétique. Elle comptait de nombreuses usines d’armements et de plus, la ville était le plus important centre de communication entre les réserves de pétrole du Caucase et celles du reste de l’Union soviétique. Tout cela, Hitler ne pouvait pas l’ignorer et c’est ainsi qu’il a décidé d’y porter l’offensive afin de contrôler les réserves de pétrole du Caucase et d’avoir un plus important point géographique stratégique. De ce fait, Hitler allait se permettre de faire un grand pas en avant vers le Caucase lors de la seconde guerre mondiale (septembre 1939 – septembre 1945).

Toutefois, l’issue de la bataille de Stalingrad, s’étant déroulé du juillet 1942 au 2 février 1943, n’est pas exactement ce à quoi il s’attendait. En effet, avec la bataille de Moscou qui s’est déroulée en décembre 1941 ainsi que celle de Koursk qui est survenue en juillet 1943, la bataille de Stalingrad représente l’un des plus édifiants échecs de la Wehrmacht mais aussi un élément déterminant dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale, cette dernière s’étant terminée par la défaite des nations qui constituaient l’Axe.

Le déroulement de la bataille :

Si l’Allemagne se retrouve effectivement en position de force lors d’une grande partie de la bataille, un retournement de situations donnera une issue toute autre à celle-ci.

L’avancée allemande :

Le 12 juillet 1942, le front de Stalingrad que dirige le général Gordov est formé par la Stavka. Trois armées de réserves qui manquent d’expériences sont alors attribuées au général. Il s’agit de la 62ème, la 63ème, ainsi que la 64ème Armées.

Du côté des allemands, le général Paulus commande la 6ème armée, réputée pour être la plus puissante de celles de l’Allemagne. Elle a reçu pour ordre d’atteindre la Volga située dans la région de Stalingrad, lors de l’opération Braunschweig et d’obliquer vers Astrakhan durant l’opération Fischreiher. Néanmoins, la priorité donnée à la prise de Rostov et ensuite à l’opération Edelweiss affaiblit cette armée qui rencontre ainsi des problèmes de ravitaillement de carburant et de nourriture. De plus, elle se voit ôtée d’une partie de ses corps blindés et son rythme d’avancée se fait en fonction de son infanterie.

Initialement le rapport de forces est comme ce qui suit :

  • Pour le Reich allemand : 250 000 hommes, 7 500 canons, 740 chars ainsi que 600 avions
  • Pour l’Union soviétique : 180 000 hommes, 7 900 canons, 360 chars ainsi que 200 avions

Durant les mois d’été, toutefois, on observe un renforcement de chaque côté des deux camps, avec l’arrivé de corps alliés pour les Allemands ainsi que l’arrivée des réserves de la Stavka pour l’Union soviétique. De plus, se rendant compte de l’avancée allemande, cette dernière fait réquisitionner les civils à Stalingrad afin d’en faire des milices pour ainsi préparer des ouvrages de défense. Ces derniers sont alors déployés en quatre ligne, allant de Don jusqu’à Stalingrad.

Du 17 juillet 1942 au 20 août 1942 a lieu la bataille sur le front du Don où la défense soviétique est menée par le général Rokossovski. Lors de cette période, malgré les problèmes de ravitaillement auxquels doit faire face la 6ème armée de Paulus et qui l’arrêtent le 27 et le 28 juillet, elle arrive à prendre presque la totalité de la boucle du Don, grandement aidée par l’armée de l’Air allemande, la Luftwaffe. La 62ème armée soviétique est ainsi détruite presque en totalité en même temps que la 1ère ainsi que la 4ème Armées de tanks.

La 4ème Armée blindée de Hoth attaque à partir du 3 août 1942 depuis Kotelnikovo, laquelle se trouve au sud-ouest de la ville, et avance rapidement avant d’être stoppée à une cinquantaine de km de la ville à partir du 10 août 1942. Le front du sud-est, dont le responsable est le général Andreï Ieremenko, composé des 57ème et 64ème Armées qui ont été renforcées par sept divisions sibériennes, stoppe ainsi la 4ème Armée blindée de Hoth.

De plus, l’armée allemande est obligée de laisser deux têtes de pont russes sur la rive ouest du Don après la contre-attaque menée par les Soviétiques à Serafimovitch, au confluent du Don et du Khoper, le 19 août 1942. S’ajoute à cette contre-attaque sur les arrières allemands assurés par les Italiens, la présence de la 21ème armée à Kremskaïa qui a fait preuve d’une grande agressivité.

L’enlisement de l’attaque au sud s’étale alors du 3 au 26 août 1942, période qui est suivie de l’isolement proprement dit de la ville de Stalingrad par le nord, du 23 au 30 août 1942. En effet, ayant conquis le village de Vertiatchi le 21 août 1942, Paulus y fait construire deux ponts de bateaux étant donné que la tête de pont de Kremskaïa a été réduite. Il fait ainsi traverser le fleuve à ses unités blindées, qui se trouvaient aux alentours du village, depuis le nord de la Boucle du Don. Deux jours après la prise de Vertiatchi, le 23 août 1942, le XIV Panzerkorps est lancé à l’attaque. Parcourant 55 km en 12 heures, il arrive à la Volga, à 1 km au nord de Rynok. Pour illustrer l’affaiblissement des forces armées de l’Union soviétique, il est utile de préciser qu’après le passage de la première ligne de défense, les chars adverses se retrouvaient face à des batteries qui étaient servies par des civils, la plupart étant des femmes. Ainsi, les quatre lignes de défense que les Soviétiques ont établies ont cédé en un seul élan.

Néanmoins, les forces armées soviétiques n’ont pas pour autant accepté leur défaite. Alors que l’infanterie allemande enregistrait des retards sur les blindés, les Soviétiques contre-attaquaient en utilisant tous les moyens dont ils disposaient, dont, entre autres, la milice ouvrière ainsi que les chars à peine sortis des usines, certains n’ayant même pas eu le temps d’être peints. C’est ainsi que l’avant-garde allemande se retrouve en position périlleuse et que la 16ème Panzer Division n’a d’autres moyens de se ravitailler que par les airs. Face à cette situation difficile, une crise de commandement survient alors chez les allemands. En effet, von Wietersheim, commandant du 14ème Panzerkorps, réclame vigoureusement le retrait vers l’ouest tandis que Paulus le lui refuse.

Du 29 août 1942 au 10 septembre 1942, la ville de Stalingrad est encerclée par le sud. En premier lieu, les Soviétiques ont aménagé un réseau défensif dans la zone vallonnée qui va entre Abganerovo et Kranoiamersk, ce qui a arrêté la 4ème Panzerarmee au sud. Après deux semaines de combats sans avoir pu prendre la ville, Hoth décide de faire retirer les panzers durant la nuit. Ceux-ci reçoivent alors l’ordre d’attaquer à 50 km au nord ouest à Zety et c’est ainsi que Hoth a pu accomplir une percée le 29 août 1942.

Trois armées de réserves qui ont été envoyées par la Stavka montent alors en ligne, à partir du 3 septembre 1942, pour continuer les attaques à l’encontre de la 6ème Armée. Toutefois, le 10 septembre 1942, les assauts, organisés hâtivement à la suite de la pression de Staline, sont arrêtés par le commandement soviétique et les Allemands bordent ainsi la côte de Volga, de Rynok au sud d’Erzovka, s’étalant sur près de 30 km.

Lors de leurs avancées, la 4ème Panzerarmee et la 6ème Armée se retrouvent à 15 km l’une de l’autre. Sachant que sur la 62ème Armée ainsi que la 64ème Armée plane la menace d’encerclement, Ieremenko ordonne leur retrait et l’essentiel des troupes a pu être évacué lors de la jonction des armées allemandes, le 2 septembre 1942. Par contre, les forces armées soviétiques ont dû abandonner beaucoup de matériel sur place. Lopatine, le chef de la 62ème Armée, laquelle est réfugiée dans Stalingrad, estime alors qu’on ne peut plus rien faire pour défendre Stalingrad. Il est alors remplacé temporairement par son adjoint Krylov avant que Tchouïkov ne prenne sa place à partir du 12 septembre 1942.

Le 10 septembre 1942, la situation sur l’aile nord de la 6ème Armée se stabilise. A partir de cette date, les objectifs fixés par la directive 45 sont atteints par le groupe d’armées B. En effet, il a réussi à barrer l’isthme Don Volga et à interrompre le trafic fluvial. De plus, Stalingrad a été dépourvue de son potentiel industriel après les raids de la Luftwaffe et l’Armée rouge ont subi de lourdes pertes (79 000 prisonniers, plus de 1 000 chars, 750 canons, 650 avions). Par la suite, les réserves destinées à la protection de Moscou sont débloquées et d’importantes troupes sont massées au nord de la ville tandis qu’au sud sont bien tenues les positions défensives qui ont été aménagées. Les Soviétiques sont d’ailleurs encore forts des deux têtes de pont à Serafimovitch et Kremskaïa, à l’ouest du Don.

Stalingrad assaillie par les Allemands :

Au nord, les tentatives de contre-attaques de Joukov prennent fin et ainsi, la situation se stabilise. Au sud, la 4ème Panzerarmee achève d’isoler Stalingrad et Paulus pronostique sa prise en une dizaine de jours, les troupes du Reich ayant été envoyées à cet effet à partir du 13 septembre 1942.

De leur côté, après avoir échoué lors des tentatives de dégagement de la ville par le nord, les Soviétiques ont pris la décision de conserver et de renforcer directement Stalingrad. Si son adjoint Krylov a remplacé temporairement Lopatine, qui a considéré qu’il n’y avait plus de façons de défendre la ville, Tchouïkov prend définitivement sa place au commandement de la 62ème Armée à partir du 12 septembre 1942. Les Soviétiques attendaient alors les premiers renforts deux jours plus tard. En infériorité numérique et matérielle, et ce durant deux mois, les forces armées soviétiques, selon les directives de la Stavka, ont fait de Stalingrad un point de fixation pour la 6ème Armée avant l’arrivée au nord et au sud des troupes qui l’encercleraient.

Les Allemands ont confié la défense des flancs le long du Don, du nord au sud, aux troupes alliées dont les Hongrois, les Italiens ainsi que les Roumains, et pourtant de vives tensions opposent ces premiers et ces derniers. Seul le secteur de Voronej, au nord, dont la charge incombe à la 2ème Armée allemande, est protégé par les Allemands. Quant à l’attaque de Stalingrad, elle est confiée à des troupes allemandes à part un bataillon slovaque qui fait partie des assaillants.

Le XI Armeekorps, un des quatre corps de la 6ème Armée, faisant jonction avec les Roumains, est laissé devant la tête de pont russe de Kremskaïa tandis que le VIII Armeekorps, un autre des corps d’armée de la 6ème Armée doit garder l’isthme Don Volga et faire faces aux attaques venant du nord. Regroupées dans les XIV Panzerkorps et LI Armeekorps, l’essentiel des divisions allemandes est destiné à prendre la ville, soutenu alors au sud par la IV Panzerarmee.

A la mi septembre 1942, le rapport de forces dans la ville de Stalingrad est comme ce qui suit :

  • Pour le Reich allemand : 90 000 hommes, 1 500 canons, 250 chars ainsi que 500 avions.
  • Pour l’Union soviétique : 60 000 hommes, 400 canons et 60 chars, l’effectif d’avions étant inconnu.

Contrairement à la prévision de Paulus, les combats dans Stalingrad se sont étalés sur une durée de près de six mois, faisant de cette bataille la première urbaine de l’histoire. De plus, elle est également la première à avoir lieu principalement dans des sites industriels. Les troupes soviétiques se sont retranchées dans la ville où les Allemands mènent un assaut frontal contre elles, le front étant long d’une cinquantaine de km du nord au sud et entre trois à cinq km d’est en ouest.

Dès lors, l’armée allemande se retrouve, en partie, en difficulté. En effet, la proximité et l’imbrication des lignes de fronts rendent difficile l’usage de l’artillerie et de l’aviation. Étant donné que les combats se passent dans la ville, les obstacles présents dans cet environnement font que les lignes de vue soient très courtes. Voilà pourquoi les chars sont engagées à proximité immédiate de leurs objectifs et risquent les ripostes des armes antichars des ennemis qui sont dissimulées dans les ruines ou placées à partir des toits.

De plus, dans une bataille qui se déroule également dans les étages et les sous sols, les Soviétiques, qui connaissent cet environnement urbain au contraire des Allemands, utilisent alors les caves et les égouts ; les premiers pour se reposer et les seconds pour se déplacer sans être victimes des bombardements. De ce fait, ils peuvent abandonner les positions menacées ou se retrouver sur les arrières ennemis pour renforcer les attaques contre ceux-ci. D’ailleurs, grâce à l’aide des ouvriers employés dans les usines, il a été possible de relier plusieurs centaines d’immeubles entre eux tout en murant les principaux accès. Ces immeubles devenaient alors de forteresses qui contenaient des mines, des barbelés, des meurtrières au ras du sol mais aussi des postes d’observation d’artillerie dans les niveaux supérieurs. Du côté des ruines, les canons et les chars y étaient camouflés.

Sans se contenter de cela, les Soviétiques ont aussi su exploiter les rives très accidentées de la Volga afin de se parer contre les tirs directs, installant des batteries de katiouchas au pied des falaises et creusant des abris. Les mêmes techniques sont également utilisées dans les profonds lits de plusieurs petites rivières, celles-ci coupant la ville dans le sens de sa largeur et facilitant l’arrivée des renforts.

Étant donné la grande consommation de munitions occasionnée par la première tentative du 4 au 7 septembre 1942, elle a été arrêtée pour ne reprendre que le 13 septembre 1942, cette date étant celle lors de laquelle Paulus lance la première véritable tentative dans le but de prendre Stalingrad. Les principaux objectifs de Paulus étant le débarcadère, par lequel s’acheminent les renforts ennemis, ainsi que la colline Mamaïev qui constitue un point stratégique sur le plan de l’artillerie, du fait de sa hauteur de 102 qui surplombe la ville, il focalise sur le sud et le centre de Stalingrad.

Si l’on devait voir un film qui traite de la bataille de Stalingrad, c’est à ce moment que les téléspectateurs se disent que les forces armées soviétiques vont bel et bien connaitre un cuisant échec. En effet, sous les bombardements massifs et incessants ainsi que l’assaut des Allemands alors que la 62ème Armée ne voit pas encore arriver les premiers renforts, la ville risque d’être prise dès les premiers moments des combats. La situation commence à être désespérée pour Tchouïkov qui a même recours aux milices d’ouvriers afin de pouvoir retarder les troupes de choc de ses ennemis. C’est ainsi que le débarcadère, par lequel arrive la 13ème division de la garde du général Rodimtsev, est sauvé à la dernière minute car ce dernier a tout de suite contre-attaqué le 15 septembre 1942.

Durant six jours de combats sans interruption, la gare centrale change quinze fois de mains puis elle tombe définitivement entre les mains des Allemands. L’objectif du débarcadère est alors atteint le 22 septembre 1942 tandis que dans le centre-ville, les combats continuent durant deux jours. Pendant ces deux jours, on observe une contre-attaque soviétique, rendue possible grâce à de nouveaux renforts, ainsi qu’un nouvel assaut de la part des Allemands qui se déroule le long de la Volga, ces deux offensives se terminant sans victoire pour aucun des camps, avec un lourd bilan de part et d’autre. Sur le Kourgane Mamaïev, les combats qui sont très sanguinaires ne s’estompent qu’à partir du 29 septembre 1942 car, à ce moment, l’implantation au sommet est rendue impossible par la puissance grandissante de l’artillerie des deux camps adverses.

L’ensemble de cette bataille sanglante ne pouvait pas se dérouler sans laisser de traces, chez les uns comme chez les autres. C’est ainsi que le chef d’état-major de l’armée de terre allemande, Franz Halder, note le 20 septembre 1942 dans son journal que les troupes d’assaut allemandes connaissent déjà un épuisement graduel alors qu’il ne s’agit que des débuts de la bataille.

En illustration, au sud, les unités de Paulus en sont venues à l’épuisement. De ce fait, il change de tactique en planifiant un assaut par l’ouest de la partie septentrionale de Stalingrad vers l’usine de tracteur Djerzinski, l’usine Barricade ainsi que l’usine Octobre rouge. Néanmoins, après l’attaque du 27 septembre, celle du 3 octobre et celle du 7 octobre, accompagnées de trois semaines de combats, Paulus n’arrive même pas à atteindre les murs de ces trois grandes usines. Les hauts immeubles des cités ouvrières qui sont dotées de structures en béton armé ne rendent pas faciles les objectifs de Paulus. Ces cités ouvrières représentent ainsi des lieux où les Soviétiques peuvent se retrancher. D’ailleurs, la proximité des lignes de front ne permet pas un usage efficace de l’aviation, sans compter les obus qui en viennent à manquer à cause de la grande consommation de munitions. Une espèce de cercle vicieux s’installe alors chez les Allemands, l’artillerie n’arrivant plus à soutenir les combattants tandis que l’infanterie, épuisée par les combats qui s’effectuent de maison en maison, n’arrive plus à bien suivre l’artillerie ou l’aviation lors de leurs interventions. C’est dans ces conditions que les Soviétiques, en infériorité numérique (cinq fois moins nombreux que les Allemands) arrivent à tenir sept jours avant d’abandonner le quartier

Pour remédier à la situation, Paulus fait monter en ligne une division qui vient d’un secteur moins actif et focalise les moyens aériens ainsi que les attaques sur l’usine de tracteur Djerzinski. Après un pilonnage d’artillerie qui dure deux heures, l’assaut est donné le 14 octobre 1942 et durant cette journée, la Luftwaffe aura effectué plus de 1 000 sorties sur le front qui fait à peine 4 km de large. Et pourtant, douze heures de combats auront été nécessaires pour que l’usine Djerzinski soit enfin atteinte. A l’intérieur, la bataille se poursuit encore jusqu’à l’aube où les fusées éclairantes sont utilisées pour exposer les ennemis cachés ou invisibles. Les quartiers de Rynok et de Spartakovka, ayant résisté jusqu’à la fin de la bataille, se retrouvent ainsi isolés par la 6ème Armée.

L’épuisement du côté des Allemands se fait pourtant plus perceptible. En effet, les murs de l’usine Barricade ne sont ensuite atteints qu’après deux jours et elle n’est totalement conquise qu’en une semaine. Le 24 octobre 1942, l’usine Octobre rouge tombe, ce qui est dû en grande partie à l’assistance de la dernière division encore fraiche de la 6ème Armée. La 6ème Armée est toutefois épuisée. Si bien que durant les derniers jours du mois d’octobre et les premiers du mois de novembre 1942, cinq divisions sont déclarées comme étant sans valeur offensive :

  • Le 26 octobre 1942, est déclarée comme ne plus être en état d’attaquer la 14e Pz-Div
  • Le 29 octobre 1942, est déclarée comme ne plus être en état d’attaquer la 24e Pz-Div
  • Le 1er novembre 1942, sont déclarées comme ne plus être en état d’attaquer les 79e et 305e divisions d’infanterie
  • Le 2 novembre 1942, est déclarée comme ne plus être en état d’attaquer la 94e division d’infanterie

Du côté des Soviétiques, ce n’est pas plus brillant que cela. En effet, Tchouïkov ne contrôle alors plus que le dixième de Stalingrad, sans compter l’action des glaces dérivantes sur la Volga qui, à partir du 8 novembre 1942, rendent impossible la traversée du fleuve. Le dixième de la ville que Tchouïkov contrôle encore s’explique par une arrivée régulière de renforts.

Mais comme il a été dit pus haut, leurs adversaires sont épuisés au point de ne plus avoir la force de les achever. C’est ainsi que la dernière offensive lancée par les Allemands le 11 novembre 1942, désignée par « opération Hubertus » n’a pas porté ses fruits. Pour l’occasion, cinq bataillons qui comptaient environ 1 700 hommes ont été regroupés par les Allemands à Stalingrad. Il s’agit de pionniers d’assaut qui ont été sélectionnés sur l’ensemble du front.

Face au soutien d’artillerie provenant de la rive est de la Volga et le réseau de défense soviétique, lequel est très fourni, l’opération Hubertus s’essouffle rapidement. C’est ainsi qu’en deux jours, les pionniers se retrouvent démunis de 30% de leur effectif. Ainsi, les généraux allemands sur le terrain se voient contraints de rééchelonner leurs opérations et augurent de conquérir entièrement la ville de Stalingrad après 1942. Toutefois, ils n’ont pas prévu que le 19 novembre 1942, les Soviétiques allaient lancer une contre-offensive qui a contrecarré tous leurs plans.

Montée en puissance des Soviétiques et revirement de situations :

A Stalingrad, les premières divisions d’artillerie lourde et ensuite les premiers groupes d’artillerie d’armée soviétiques sont installés, sous le commandement de Voronov et Pozharski. Plus tard lors du moment des bilans, la 24ème Panzerdivision estime que ses pertes sont dues en moitié à l’artillerie russe. En effet, celle-ci est capable, vers la fin de la bataille, de lancer 500 obus toutes les minutes. De plus, on observe qu’en échange de grosses pertes en appareils volants qui représentent de lourds sacrifices, l’aviation soviétique gagne du terrain face à la Luftwaffe.

Malgré cela, les Soviétiques ont encore à craindre que la ville ne chute étant donné que durant la bataille, ils ont toujours été contraints de reculer et qu’ils ne pouvaient lancer que des contre-offensives locales. Quand la position des défenseurs devenaient alors dangereuse, les Soviétiques ont trouvé l’idée de lancer des offensives au nord et au sud de la ville pour soulager ces premiers. Si ces offensives ne portent pas leurs fruits du côté nord, les Soviétiques arrivent fin octobre à atteindre les faubourgs de Stalingrad, ce qui contrait Paulus à arrêter leur avancée en envoyant une centaine de chars.

Mi septembre 1942, un plan de contre offensive stratégique est mis en place par la Stavka. Il est divisé en quatre parties : les opérations Mars et Uranus ainsi que leurs prolongements Jupiter et Saturne. Certaines mesures auraient pu éveiller les soupçons des Allemands comme l’évacuation du personnel féminin de la ville ou aussi les îles de la Volga et la rive gauche qui ont été mis en défense.

En effet, l’objectif lors de l’opération Uranus était de pousser et d’encercler à l’intérieur de la ville les forces allemandes destinées à la prise de Stalingrad, ceci en passant par les larges flancs allemands qui étaient défendus par les unités hongrois, italiennes ainsi que roumaines, celles-ci ayant un équipement inférieur et déjà un moral pas très haut.

L’opération Uranus consistait à concentrer d’importantes forces dans les steppes, au nord et au sud de la ville, et à maintenir l’essentiel des forces allemandes dans la ville ce qui était rendu possible par le fait que les Allemands aient favorisé la prise de la ville par rapport à la défense de leurs flancs. Fins stratèges, les Soviétiques ont réussi à faire en sorte que les Allemands ne se doutent de rien. Entre autres tactiques, les mouvements s’effectuaient exclusivement pendant la nuit, de faux trafics radio sont émis, on ne transmettait les ordres que de façon orale et ce le plus près possible de leur exécution, …

Alors que l’opération Mars, dirigée contre le groupe d’armée centre, à l’ouest de Moscou, est découverte par les Allemands, leurs services de renseignement ainsi que le haut commandement ne se doutent pas un seul instant que les Soviétiques soient capables de préparer deux grandes offensives simultanément. C’est ainsi qu’en décelant les préparatifs sur le terrain, ils sont portés à croire qu’il s’agit d’une offensive locale qui sert à soulager la ville. Les Allemands ne prennent alors que des mesures défensives locales, lesquelles sont trop faibles et arrivent un peu tard.

Dès le lancement de l’offensive par les Soviétiques, le 19 novembre, les forces présentes sur les flancs allemands connaissent de grandes difficultés, étant surprises et mal préparées et d’ailleurs en infériorité numérique.

En premier lieu, le front du sud-ouest du général Vatoutine attaque, à partir des têtes de pont que les Soviétiques ont maintenues à l’ouest du Don, le flanc nord de la 6ème Armée allemande. Après une seule journée de défense, la 3ème Armée roumaine est entièrement défaite. Et les troupes du front de Stalingrad font subir le même sort, le lendemain, à la 4ème Armée roumaine qui protège le flanc sud. En même temps, le front du Don mené par le général Rokossovski a pour rôle de maintenir les unités allemandes qui sont dans Stalingrad afin qu’elles n’en sortent pas. Seulement quatre jours après le lancement de l’offensive, le 23 novembre 1942, la jonction des deux troupes des fronts attaquants se fait à Kalatch, à 80 km à l’ouest de Stalingrad : la ville que les Allemands voulaient prendre est désormais assiégée par les Soviétiques qu’ils pensaient déjà tenir à leur merci, les jugeant incapables d’une telle prouesse qui les a pris de surprise.

Paulus est renvoyé dans la ville le 21 novembre 1942 et reçoit l’ordre de conserver une position de défense. Alors que le retrait de Stalingrad induirait l’abandon du matériel lourd ainsi que de près de 15 000 blessés, les estimations de Paulus font état de vivres et de minutions pour seulement six jours. Hésitant, Paulus demande finalement, le lendemain, une percée immédiate, appuyé par ses cinq généraux des corps d’armée. La matinée du 24 novembre 1942, la réponse d’Hitler arrive enfin ; elle notifie que la 6ème Armée doit maintenir ses positions sur la Volga.

De ce fait, obéissant à cet ordre, Paulus est contraint de maintenir son armée dans Stalingrad, réclamant un ravitaillement, qui allait se faire par voie aérienne par le biais de la Luftwaffe, de 750t/jour. Commandant en chef de la Luftwaffe et ministre intérieur de la propagande, Hermann Göring promet un ravitaillement journalier de 550 tonnes. Toutefois, l’estimation des généraux de la Luftwaffe ne dépasse pas les 350 tonnes par jour si von Richthofen et Martin Fiebig ont prévu dès le 21 novembre 1942 l’impossibilité d’une telle action qui consistait à ravitailler 290 000 hommes par l’aviation. La réalité était que sur la totalité du siège, 94 t/jour en moyenne était fourni par le pont aérien, et même 60 tonnes vers Noël 1942. En janvier 1943, Hermann Göring assure à Hitler que la Luftwaffe est apte à continuer l’approvisionnement de l’armée encerclée à Stalingrad alors qu’au début de ce mois, on réduit la ration quotidienne de pain à 50 grammes. Et c’est également début janvier qu’on enregistre les premiers décès en rapport à la faim. Durant le siège, environ 25 000 blessés ont pu être évacués par voie aérienne.

Pour les forces armées allemandes, la situation dégénère de plus en plus, car il n’est plus possible d’organiser un pont aérien efficace après la perte des aérodromes de Tatzinskaïa et Morozovskaïa, alors qu’elles subissent difficilement la pression de l’Armée rouge.

Afin de délivrer Paulus et ses hommes de l’encerclement, le commandement de la Wehrmacht envoie des divisions blindées commandées par von Manstein. Toutefois, la tentative échoue et d’ailleurs Paulus n’envisage pas de sortir du siège, faisant preuve d’obéissance à son Führer. Et alors que ses hommes sont voués à une mort certaine, par la faim ou au combat, Paulus est fait maréchal par Hitler, ce qui les pousserait à le défendre jusqu’au bout étant donné qu’il n’y a jamais eu un bénéficiaire d’une telle distinction qui ait été capturé et fait prisonnier. D’ailleurs, si jamais ils devaient survivre, leurs conditions de captivité promettaient d’être cruelles car les Soviétiques ont vu leurs populations se faire massacrer lors de la progression des forces armées de l’Allemagne nazie. Mais selon Hitler, l’intérêt d’un tel sacrifice reposait sur le fait que ces troupes fixaient sept armées soviétique et que les Allemands pouvaient ainsi attaquer un autre secteur.

Malgré la haine féroce que les Soviétiques vouaient à l’Allemagne nazie, Rokossovski a fait une offre aux Allemands le 8 janvier 1943. Celle-ci consistait à leur offrir la possibilité de se rendre honorablement tout en cédant leur équipement intact en échange de rations suffisantes, de soins octroyés aux blessés ainsi qu’un rapatriement après la guerre. Vues par des tiers, de telles conditions pouvaient paraitre convenables. Mais cela devait correspondre à une humiliation pour les hommes allemands. De plus, ils ne pouvaient pas être sûrs de l’accueil qui leur serait fait à leur retour au pays, surtout par le Führer qui leur inspirait en même temps respect et obéissance ainsi que terreur. Par conséquent, l’offre de Rokossovski a été refusée, après quoi l’Armée rouge des ouvriers et paysans ont morcelé les unités allemandes, faisant en sorte que les secteurs sud et nord de Stalingrad soient coupés l’un de l’autre.

Le 31 janvier 1943, Rokossovski reçoit la reddition du maréchal Paulus après que celui-ci et son état-major aient été découverts dans une cave. Ce dernier ordonne à ses troupes de se rendre et les forces allemandes présentes sur le secteur sud capitulent le jour-même et celles du secteur nord, le 2 février 1943. A cette date, on compte 2 500 officiers, 24 généraux et un maréchal, en l’occurrence le maréchal Paulus, qui se sont rendus. De plus, après inventaire, les Soviétiques ont gardé les 60 000 véhicules et les 1 500 blindés ainsi que les 6 000 canons ayant appartenu aux Allemands.

Une bataille lourde de conséquences :

Les chiffres officieux, devant être vérifiés et appuyés, font état de 380 000 hommes tués, blessés et fait prisonniers pour la Wehrmacht ainsi que 487 000 tués et 629 000 blessés pour les Soviétiques. Uniquement dans la ville et ses environs, 150 000 cadavres allemands sont relevés par les Soviétiques.

Après la guerre, comme il a été prévu, les prisonniers allemands se retrouvent dans des conditions inhumaines. Officiellement, l’armée soviétique n’avait pas d’infrastructures prévues à cet effet et c’est ainsi qu’au printemps 1943, près de la moitié n’ont pas survécu. Cette défaillance sur le plan logistique n’est pourtant pas la seule raison d’une telle perte. En effet, si certains étaient déjà dans de piteux états lors de leur capture, d’autres ont sûrement succombé à la suite de mauvais traitements systématiques qui leur ont été infligés. Pendant tout le temps qu’aura duré la captivité des prisonniers, le taux de mortalité est de plus de 95% pour les hommes de troupe et les sous-officiers, 55% pour les officiers subalternes. Chez les officiers supérieurs, qui ont bénéficié de traitement de faveur, ce taux est seulement de 5%.

Selon les Allemands, les défaites à la suite des opérations Uranus et Saturne, sont dues à la défaillance de leurs alliés. De leur côté, ceux-ci ne reçoivent aucune reconnaissance de la part de l’Allemagne nazie alors qu’ils ont fait face à d’énormes pertes. Au contraire, ils se heurtent au mépris ainsi qu’à l’hostilité des Allemands. De ce fait, l’Allemagne voit ses alliés se désengager progressivement, ceux-ci diminuant de plus en plus leurs participations militaires, dans un premier temps. C’est ainsi que sur le front de l’est, le nombre de divisions :

  • passe de 10 à 0 de 1942 à 1943 pour l’Italie
  • passe de 17 à 3 de 1942 à 1943 pour la Hongrie
  • passe de 27 à 8 de 1942 à 1943 pour la Roumanie.

De plus, à partir de la cuisante défaite allemande à Stalingrad, le gouvernement roumain, le gouvernement finlandais mais aussi le gouvernement hongrois et des cercles dirigeants de l’Italie ont commencé à prendre contact avec les gouvernements des nations membres des Alliés dans le but de préparer leur sortie de guerre et dans l’intérêt de rendre minimes les conséquences de la défaite de la Seconde Guerre mondiale puisqu’il était alors évident que la mythe de l’invincibilité de l’Allemagne et l’infaillibilité du génie militaire d’Hitler était brisée.

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